Hijab day à l'envers

 

Le 1 er février est le Hijab Day, (la Journée mondiale du hijab) qui en est à sa troisième édition cette année.  Lancée par Nazma Khan, une musulmane américaine qui, comme par hasard, possède une société de foulards) et popularisé par Ahlul Bayt, (une chaîne télé de prosélytisme chiite), cette journée a pour but d'inviter les femmes non-voilées, (qu'elles soient musulmanes ou pas), à porter un hijab pour une journée et de réfléchir à la question suivante: "Le hijab est-il oppressant ou libérateur?"

 

Ouverture et préjugé

 

Le logo de l'évènement, (représenté ici à l'envers et sans texte, question de droit de propriété intellectuelle), qui représente un globe terrestre coiffé d'un hijab, peut déranger.  D'abord par l'idée d'hégémonie islamique qu'il évoque (malgré les multiples couleurs du hijab), et aussi parce qu'il rappelle ces images de femmes voilées dont le visage a été numériquement effacé pour respecter l'interdiction islamique de représenter les êtres humains et les animaux.

Le slogan de l'évènement est, Better Awareness, Greater Understanding, Peaceful World (Meilleure connaissances, meilleure compréhension, monde en paix).  Meilleures connaissances sur ce que c'est que d'être musulmanes dans un environnement non musulman suppose-t-on (car our mieux connaître l'islam, la lecture du Coran est certainement plus efficace que le port du hijab). 

Autre slogan que l'on peut voir sur le site de l'évènement: Before you judge, cover for a day (Avant de juger, couvre-toi pour une journée).  Un slogan qui véhicule deux préjugés: celui qu'une femme non-voilée n'est pas couverte et celui qui veut qu'elle juge forcément celles qui se voilent.

 

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Un outil idéologique

 

Il est facile de l'oublier lorsqu'on voit des musulmanes élégantes et coquettes arborer un voile de couleur vive orné de motifs et de dentelles, mais le hijab n'est pas qu'un simple accessoire de mode.  Il s'accompagne d'une idéologie qui fait du corps féminin une idécence qu'il faut cacher du regard des hommes pour mériter le respect de sa personne.   C'est pourquoi le hijab couvre obligatoirement les cheveux, les oreilles et le cou et s'accompagne systématiquement de vêtements couvrant tout le corps mise à part les mains et les pieds. 

Contrairement aux personnes qui portent un chapeau pour son apparence ou pour se protéger du soleil et du froid, les femmes qui portent le hijab ne l'enlèvent jamais en public, même lorque la chaleur et l'humidité rendent son port pénible.  De plus, elles n'hésitent pas à  renoncer à certains sports, activités, établissements scolaires ou même métiers pour ne pas avoir à se dévoiler ou à porter des vêtements dévoilant leurs bras et leurs jambes (même s'ils sont très décents selon des critères non-musulmans).

Dans le Coran et la Sunna, le contrôle de la sexualité féminine est omniprésent.  Les hommes ont le droit d'avoir des relations sexuelles avec leurs esclaves, leurs captives de guerre et quatre épouses (qui peuvent être impubères, être ses cousines ou être les filles d'une épouse avec laquelle ils n'ont pas encore eu de rapports sexuel).   Les femmes elles n'ont le droit d'avoir des rapport sexuels qu'après le mariage et avec un unique époux, époux à qui elles doivent obéissance notamment sur le plan sexuel.  Elles n'ont pas le droit de voyager seule sans un mahram (un homme qu'elle ne peuvent pas épouser) et doivent avoir la permission pour se rendre à la mosquée.

 

Un peu d'histoire

 

Le voile musulman n'a pas toujours eu l'apparence d'un hijab, ni la signification qu'on lui connaît aujourd'hui.  Le mot "hijab" ne signifier d'ailleurs pas "voile" ou "foulard" mais plutôt "rideau", "cacher», "obstruer" et "isoler".  Dans la société pré-islamique, les femmes libres portaient déjà une mante appelée "jalâbibihinna" (de "jalâbib", pluriel de "jilbab" et de "hinna" qui se réfère aux femmes), pour indiquer leur statut social.  Les esclaves n'avaient pas le droit de porter de voile (même après l'avènement de l'islam). 

Le mot "jalâbibihinnaque", que l'on retrouve dans le verset 59 de la sourate 33, a été traduit par "voile" dans les éditions française du Coran:

33.59.  Ô Prophète! Dis à tes épouses, à tes filles, et aux femmes des croyants, de ramener sur elles leurs grands voiles: elles en seront plus vite reconnues et éviteront d´être offensées. (...)

Dans le verset 31 de la sourate 24, c'est le mot "khimar" (qui désignait à l'époque tout drap que portait la femme) qui a été traduit par "voile":

24.31.  Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté, et de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu'elles rabattent leur voile sur leurs poitrines (...)

Comme le laisse entendre 33.59, des femmes musulmanes étaient harcelées ou agressées sexuellement par des hommes qui les confondaient avec les autres femmes, parce qu'ils les importunaient à la nuit tombée ou parce que les vêtements féminins de l'époque étaient plus révélateurs qu'on pourrait le croire, ce qui expliquerait que 24.31 leur demande de cacher la poitrine.  Toutefois, selon Sami Aldeeb, chercheur, traducteur du Coran et professeur de droit musulman, ce verset parle de cacher le sexe et non la poitrine.  Il s'appuie en cela sur une variante du verset utilisant le mot "juyub" qui signifie "fente" et qui est utilisé pour désigner le sexe féminin dans une variante d'un autre verset (66.12).  Quoiqu'il en soit, le Coran ne parle pas de cacher les cheveux, les oreilles ou le cou, pas davantage les bras ou les jambes.

 

 Vision réductrice

 

Le problème avec la Journée du hijab n'est pas seulement qu'elle cautionne une idéologie sexiste mais aussi qu'elle réduit au voile l'expression de la foi musulmane (du moins chez les femmes), comme si cette foi devait forcément s'afficher pour être valable.  Par ailleurs, étant donné l'origine du voile et la condamnation de l'hypocrisie par l'islam, il est assez ironique qu'on encourage les femmes non-musulmanes à se voiler et ainsi à faire semblant d'être musulmane pour une journée.   Ensuite, cette évènement donne l'impression que la perception négative du voile est forcément lié à des préjugés basés sur l'ignorance et l'intolérance.

Cela dit, les femmes qui ont des préjugés envers les musulmanes ne participent pas à l'évènement tandis que celles qui y participent n'ont pas besoin d'être sensibilisées sur cette problématique.  Quant à celles qui ne veulent pas y participer parce qu'elles refusent de cautionner l'islam et profèrent soutenir le droit des femmes de ne pas se voiler, on aurait tort de croire qu'elles sont forcément à mettre dans le même panier que les premières.  Pour blâmables qu'ils soient, les préjugés et les manifestations d'hostilité à l'égard des femmes voilées ne devraient pas être utilisés pour censurer toute réflexion critique sur le voile.

Porter un hijab pour une journée donne plus de visibilité à l'islam mais certainement pas plus d'informations sur le sujet. Là-dessus, rien ne remplace la lecture des textes fondateurs de l'islam.  Pour le reste, on doit pouvoir débattre librement de la signification du hijab et de l'idéologie qui l'accompagne, à savoir qu'une femme doit être voilée pour être une bonne musulmane, pour être décente ou pour mériter le respect de son intégrité physique et sexuelle.  Compte tenu de la misogynie de l'islam et de la fa¸on dont sont traitées les femmes qui refusent de se voiler dans certains pays ou certains quartiers musulmans, les musulmanes portant le voile devraient comprendre que ce choix, qu'elle affirment faire librement, soit autant critiqué non seulement par des non-musulmanes mais aussi par des musulmanes.

 

hijab day

 

Suggestions de lecture:

«En tant que femmes musulmanes, nous vous demandons de ne pas porter le hijab par solidarité»

L'islam ou la pudeur à deux vitesses.

Voile musulman: la régression (nouveau lien permanent)

Réflexion sur le voile

Le mythe du voile protecteur 

Le voile et le viol: les mythes et leurs conséquences

Journée mondiale sans voile

Muslim Reform Movement: